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Grisha, t.1 Shadow and bone – Leigh Bardugo

Quatrième de couverture :


OMBRE. GUERRE. CHAOS.
Un royaume envahi par les ténèbres.
Une élite magique qui se bat sans relâche contre ce mal.
Des citoyens envoyés en pâture aux créatures qui peuplent le Shadow Fold.
Parmi eux : Alina Starkov.
ESPOIR. DESTINÉE. RENOUVEAU.
L’avenir de tous repose sur les épaules d’une orpheline qui ignore tout de son pouvoir.
L’Invocatrice de lumière.

Mon avis :

J’ai dévoré ce premier tome en moins de deux jours. J’ai adoré l’univers, le concept de la magie, les personnages. Celui d’Alina m’a particulièrement plu, elle cherche sa place sans se laisser marcher sur les pieds, elle est impertinente et, même si elle change parfois d’avis, elle suis le chemin qu’elle a choisi. J’ai beaucoup aimé la façon dont elle se découvre elle-même en découvrant ses pouvoirs. Mal est aussi attachant tant dans ses maladresses d’adolescent que dans ses décisions, parfois difficiles, de jeune homme. 

La narration en « je » permet vraiment de s’identifier à Alina. 

L’histoire est prenante, on a envie de connaître la suite. 

J’avais commencé à regarder la série avant de lire le livre, les scénaristes ont pris quelques libertés par rapport au texte. 

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L’éventreuse, Stéphanie Glassey, Éditions Gore des Alpes

Quatrième de couverture :

« Le récit s’écrit sous les clochers des villages d’hier, bien-pensants et malfaisants, où les femmes ont été victimes de la violence, de la religion et de l’hypocrisie. L’auteure nous emmène sur les traces d’une faiseuse d’anges condamnée à devenir éventreuse itinérante et de ses démons, s’intéressant en chemin à la pratique de l’avortement, au destin des fœtus, aux abus subis par les enfants placés et à la culture patriarcale du secret et de l’oppression. »

Mon avis :

Ça commence sec et saignant, ça continue sale et gluant. L’histoire de L’éventreuse aurait pu avoir lieu dans n’importe quelle vallée, là où les villageois jugent et agissent sous le joug de la peur, des croyances et des traditions. 

Le récit est dur, les détails sordides. On n’est pas épargné, et pourtant le texte se lit d’une traite. Stéphanie Glassey a su doser le gore sans écœurer le lecteur. 

Le texte est engagé, il questionne et dénonce des pratiques d’une époque pas si lointaine. 

Un roman à lire si vous avez le cœur bien accroché ! 

Si vous hésitez encore à vous lancer, le quatrième de couverture propose un extrait, que vous pouvez découvrir sur le site de Gore des Alpes.

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Les Gens de Roquebrune, t.1 Galien, Elaine Dahl

Résumé :

Les guerres contre le voisin krell ne sont plus qu’un lointain souvenir pour les habitants du royaume de Cyrénie. Au manoir de Roquebrune, les jours s’écoulent paisiblement. Le comte dirige le domaine et ses gens avec une autorité bienveillante, laissant Galien mener une vie insouciante et libre. Aélis, en revanche, se voit imposer un mariage dont elle ne veut pas. Initiée à la magie divinatoire par sa tante, la jeune fille délivre un funeste oracle à sa famille. Personne ne la croit, et pourtant… … Le comte meurt. De fidèles serviteurs sont tués. Aélis s’est volatilisée. Galien se lance dans une quête pour retrouver sa sœur et venger les disparus. Avec le soutien d’amis et d’alliés inattendus, il devra déjouer les nombreuses embûches qui jalonneront son chemin. Car de sa réussite dépend le destin des gens de Roquebrune.

Mon avis :

J’ai dévoré ce premier tome, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, j’adore l’univers médiéval qui y est décrit. On y retrouve combats à l’épée, longs voyages à cheval et châteaux forts. La façon dont est présentée la magie la rend très réaliste : tout le monde n’y croit pas, et pourtant…

Du côté des personnages et de l’histoire, nous suivons Galien. Depuis la mort du comte et la disparition d’Aélis, jusqu’à la fin du roman, le jeune homme va de petites victoires en défaites. Son parcours est plein de surprises et nous tient en haleine tout au long du texte. La fin nous donne envie de rester à l’affût du tome 2 !

La lecture se fait de manière fluide, le style est très agréable et le vocabulaire précis.

C’est une belle découverte et je me réjouis de la suite !

Et petit bonus pour les amateurs de figurines : un buste de Galien est disponible sur le site de WhisperingDoors.

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Sous le regard de Laria, Chloé Garcia, éditions Maïa

Résumé :

Le royaume de Linaria a toujours vécu en paix, sous la bienveillance de la déesse Laria. Le couronnement d’Ystar, fils du Tiane, représentant divin de la déesse, approche. Tous se préparent et entament le long chemin pour célébrer cet événement.
De son côté, sa sœur Via a d’autres soucis en tête. De terribles cauchemars l’assaillent et de puissants pouvoirs se développent en elle. Serait-elle une anomalie ? Ou pire, un monstre ?
À l’est, l’Elfe Lildrille, au sang maudit à la naissance, est interdit d’assister à la cérémonie. Il ne pourra passer du temps avec Via, qu’il aime secrètement. Alors qu’il fuit pour la rejoindre, une guerre familiale intestine fait échouer tous ses plans et le transforme en criminel.
Plus au sud, indisposée par une jambe cassée, la reine Cassiopée se terre dans son antre. Une terrible tragédie remet en cause son amour pour la déesse, alors qu’un attentat meurtrier avorte la cérémonie de couronnement.
La paix en Linaria survivra-t-elle ?

Mon avis :

Chloé Garcia a créé un univers fantastique cohérent. Une carte et un petit guide de Linaria sont présentés en début et en fin de livre, cependant ils ne sont pas indispensables car le monde et ses règles sont bien présentés au fil du roman.

L’auteure nous raconte l’histoire du point de vue de plusieurs personnages dont les destins se croisent. Les protagonistes sont complexes : les qualités et les défauts se mêlent à leur éducation et leurs valeurs lorsqu’ils ont un choix à faire. Le lecteur a le temps de les découvrir l’un après l’autre, Chloé Garcia nous présente de manière fluide et sans longueur.

L’histoire est jalonnée de surprises, d’un peu de romance et de beaucoup d’aventure et de réflexions. La fin nous invite à rester à l’affût de la sortie du tome 2 !

J’ai donc beaucoup aimé mon voyage dans le royaume de Linaria et je me réjouit d’y retourner !

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Les sorcières du clan du Nord, Irena Brignull

Résumé :

Poppy et Clarée ne pourraient avoir de vies plus différentes. Poppy, farouche et rebelle, se fait renvoyer de tous les lycées qu’elle fréquente, tandis que l’innocente Clarée a du mal à se faire accepter par sa communauté secrète de sorcières. Un jour, pourtant, leurs destins se croisent. Et elles deviennent rapidement inséparables. Mais le doute s’installe bientôt dans l’esprit de Poppy : ces phénomènes étranges qui entourent son existence, les catastrophes qu’elle provoque sans le vouloir… ne serait-elle pas elle-même une sorcière ? Et si son exil forcé dans le monde des humains avait un lien avec l’ancienne prophétie ? 

Ce que j’ai aimé : 

Les personnages de Poppy et Clarée m’ont beaucoup touchée. Leur amitié est belle sans être parfaite, ponctuée d’incompréhensions et de maladresses de la part des deux adolescentes. 

L’histoire est prenante, on a envie de suivre les aventures de Poppy et Clarée et de savoir où mènera leur rencontre. 

L’écriture est fluide, le vocabulaire riche et précis. Irena Brignull utilise de belles images, loin des clichés et souvent très poétiques. 

La dernière phrase des remerciements de l’auteur à fait vibrer mon cœur de maman : « Sans notre smala, j’aurais peut-être écrit davantage, mais l’histoire aurait été tout autre. » 

Une très beau roman, pour tout lecteur à la recherche de magie et d’évasion ! 

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La dernière veille des dieux, Aurélie Haderlé

Résumé :

« Les Vikings connaissent des heures sombres. Ils voient les prémices du Ragnarök à travers l’hiver perpétuel qui s’abat sur la Scandinavie, gèle les terres, vide les forêts et condamne leur monde à sombrer dans une profonde dormance. L’acharnement meurtrier des évangélistes Francs renforce leur inquiétude. Dans ce monde en péril, Didrik, jeune Viking marginal, tente d’apprivoiser les dons que les dieux ont mis entre ses mains pour sauver leur civilisation. Saura-t-il mener à bien sa mission ? »

Mon avis :

Avec ce roman, Aurélie Haderlé nous emmène au Xème siècle, vers la fin de l’Âge Viking. Le lecteur est plongé dans un monde en transition entre le paganisme nordique et le christianisme. J’ai beaucoup aimé l’utilisation du vocabulaire norrois, et la précision des descriptions du mode de vie des Vikings. J’ai été emportée par l’ambiance rude du Nord.

Les personnages sont attachants, le lecteur est tout de suite confronté aux difficultés du jeune Didrik et entre tout de suite dans l’histoire.

La lecture est facile et fluide, la chronologie cohérente.

Je suis un peu restée sur ma faim dans la scène finale, j’aurais aimé un peu plus de détails. Surtout, je serais bien restée encore un peu en Norvège, à festoyer autour du foyer, accompagnée de Didrik et ses amis !

« La dernière veille des dieux » est une belle découverte que je conseille à tous les amoureux des vikings, du paganisme, du fantastique, ou à toute personne cherchant à s’évader !

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Imbolc

Imbolc, milieu de l’hiver,

Le ciel est encore blanc

Et les arbres au repos.

Mais mère Nature sait

Que les beaux jours reviendront bientôt.

Écoute-la

Et prépare-toi

A suivre le chemin

Vers tes rêves et ton destin.

N’aie pas peur, tout est là,

Il te suffit de suivre ta voie,

Il te suffit de suivre ton cœur.

Imbolc, milieu de l’hiver,

Les animaux ont dormi

De leur longue nuit.

Les oiseaux partis à l’automne

Reviendront bientôt égayer le ciel monotone.

La lumière transperce la nuit,

Préparons-nous au réveil

Bientôt le printemps sera là

Et nous pourrons célébrer cette Vie

Qui toujours nous émerveille !

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Joie de l’hiver

Je suis au bord du lac. Il m’est impossible de reculer à présent. Enfin, si, mais mon égo en prendrait un sacré coup.

Je respire. Un corbeau croasse. Les esprits sont avec moi. Je me déshabille, la bise fait frissonner ma peau. Mes pieds foulent la terre gelée, puis mes orteils cassent la fine couche de glace. J’avance, un pas après l’autre, et mon corps est transpercé des mille aiguilles du froid. J’inspire, j’expire. Le corbeau croasse. Je reste immobile, de l’eau jusqu’au nombril : j’hésite. Est-ce que je vais me lancer dans quelques brasses maladroites ? M’immerger jusqu’aux épaules ? Ou ressortir aussi vite que possible ?

L’idée du mouvement me rassure. Je plonge en avant pour une brasse, puis deux, puis trois. Tout mon corps est secoué et je crie, de joie, de froid, de bonheur. Mon mental me hurle de sortir, mon cœur me susurre de rester. Je l’écoute, jusqu’à ce qu’il m’indique la berge. Un fois dehors, bien emmitouflée dans mon linge, je me roule en boule. Ma peau rougit et j’ai la chair de poule.

Le corbeau croasse, puis s’envole. Je sirote un thé brûlant, les yeux dans l’eau et l’esprit dans le vent…

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2021 – une nouvelle page à écrire

L’année 2020 s’est achevée hier et une porte s’ouvre sur 2021, avec des espoirs, des envies et peut-être des bonnes résolutions.

Personnellement, je ne peux pas dire que cette année ait été mauvaise. Elle a été faite de rencontres, de progrès et de réussites. Au niveau de l’écriture, j’ai réalisé mon rêve et terminé mon premier roman. J’ai laissé cette passion prendre la place qu’elle devait avoir dans ma vie. Je l’ai nourrie en me laissant du temps pour rêver et lire. J’ai pris aussi le temps de réfléchir à la suite.

La nature semble endormie et pourtant elle se prépare déjà à faire germer les graines du printemps prochain. Je suis son exemple et je réfléchis à la suite de mon voyage dans le monde de l’imaginaire. J’ai déjà quelques projets :

  • Un roman jeunesse, le premier d’une trilogie, dont le plan se construit gentiment,
  • L’envie de partager : mes textes, mais aussi mes lectures,
  • Je songe aussi à mettre en place des ateliers d’écriture, si possible en nature, donc plutôt à la belle saison.

Comme dans un jardin, les plantes vont prendre plus ou moins de temps à germer et sortir de terre, mais je me réjouis déjà de cette année 🙂

Et vous ? Comment abordez-vous 2021 ?

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Défis de l’Avent, jour 17

Arwen se tient debout, au bord de la falaise. Le vent apporte l’odeur iodée de la mer, mêlée à celle, terreuse, de la tourbe qui brûle dans le fourneau. Les vagues se fracassent contre la roche. Elles frappent le tempo de la mélodie chantée par les mouettes. L’herbe, encore verte en cette saison, chatouille ses pieds nus. Elle les rafraîchit, les revigore après sa longue marche.

La jeune fille se souvient. L’amertume de la bière, le sucre du cidre, accompagnés d’une tourte à la viande réconfortante, lui reviennent en bouche. Cela lui rappelle la chaleur des pub, la musique qui pousse à la danse. Les rires de ses compagnons de voyage résonnent encore à ses oreilles. Il y a aussi les coups de gueule, contre la pluie qui tombe sans fin, les routes trop longues ou les villages isolés. Et enfin, le soulagement, celui de s’asseoir près du feu, commander un Irish Coffee et se réchauffer.

Dans ce pays magique, Arwen a trouvé sa place. Elle est de retour chez elle, au bord des falaises, près de l’océan et de ses embruns, au pays des lacs, des moutons et des farfadets. La jeune fille inspire l’air frais, retourne à son vélo et rejoint son cottage.

Kamiro

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Défi de l’Avent, jour 16

La porte grince, le sol couine. Le manoir doit être ancien, assez pour que le plancher ait travaillé. Je tâtonne le long du mur, froid et rugueux. Comme si quelqu’un avait gravé des milliers de petits signes dans les pierres. Mes doigts rencontrent ce qui doit être l’interrupteur et l’actionnent. Une fois, deux fois, trois fois, rien. Je suis vouée à explorer la pièce dans le noir. On dit que lorsque quelqu’un perd l’un de ses sens, les autres sont exacerbés. Je me réjouit d’un faire l’expérience. J’avance à petits pas, les bras en avant. Je dois avoir l’air d’un zombie de pacotille. L’air glacé traverse le tissus de mon sweat. Il porte une odeur de poussière et de renfermé. Le silence est lourd, puis mes oreilles s’habituent. Elles captent des craquements, de petits bruissements. Un bruit de petits pas me fait lever la tête. Une fouine se promène à l’étage, peut-être ? Soudain, je heurte un objet. A hauteur de cuisse, ce doit être une table basse, ou un siège. En tout cas le coin est bien pointu, je sais déjà qu’un gros bleu apparaîtra demain. Je pose mes mains sur le centre du meuble. Il est doux, chaud, mou. Je tâtonne jusqu’à trouver le dossier. Un fauteuil, je vais pouvoir m’asseoir deux minutes. A peine me suis-je assise qu’un horrible cri me vrille les tympan. Des griffes se plantent dans mon pantalon. Je viens visiblement de réveiller le chat de la maison.

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Défis de l’Avent, jour 14

« Et les enfants non plus. » Cette phrase me tournait dans la tête depuis le matin. Les enfants ne pouvaient donc pas venir, pas plus que les femmes et les personnes âgées. Seuls les hommes de 12 à 65 ans seraient admis dans la navette. Bien. Mais combien de temps allait durer le voyage ? Et une fois là-haut, que se passerait-il si nous ne pouvions faire venir nos compagnes et nos enfants ? Je devais prévenir le général. Cette décision était une ineptie. Je connaissais mes hommes, de bons guerriers, mais sans femmes pour les canaliser, ils finiraient par s’entre-tuer. Je frappais timidement à la porte du bureau des officiers. On me fit entrer. Le général se tenait derrière une table dissimulées sous les cartes et les dossiers cartonnés. Les cheveux en bataille, l’uniforme déboutonné, il griffonnait sur un bloc de papier. Le téléphone ne cessait de grésiller.

– Vous ne répondez pas ?, demandai-je. Le bruit me vrillait les tempes et n’arrangeait pas ma migraine.

– Pas le temps, marmonna-t-il dans sa barbe. J’espère que vous avez quelque chose d’important à me dire.

– C’est à propos des candidats pour le voyage en navette… Je pense que les femmes et les enfants devraient faire partie du voyage. Les familles sont essentielles pour nos soldats.

– Nous ne pourrons pas nourrir autant de personnes. Diviser nos forces par deux me semble une ineptie.

– Les femmes pourraient prendre les armes…

Son regard m’indiqua que j’avais été trop loin. Bien sûr, pour un vieux briscard comme lui, l’idée de faire combattre une femme était complètement folle. Pourtant je savais d’expérience que certaines Céniennes étaient de vraies tigresses.

– Le voyage leur laisserait le temps de s’entraîner…

– Nous sommes en guerre ! Ce n’est pas le moment d’expérimenter des théories portées par des jeunes tout juste sortis de l’œuf ! A présent, j’imagine que vous avez autre chose à faire, lieutenant.

Je sortis sous son regard insistant. Donc les femmes ne viendraient pas. Et les enfants non plus. L’image de Sadie s’imposa à moi. Elle n’avait que quatre ans. Quel âge aurait-elle à mon retour ? Comment allait-elle grandir sans moi ?

Kamiro

La première phrase est tirée de la nouvelle Une ville à l’orée de la brume, Fabien Garino, d’après un scénario de Siegried Marreaux, Légendes de Somnore, ed. Otherlands 2020

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Défis de l’Avent, jour 13

Ce matin, en ouvrant ma fenêtre, je découvre une couverture cotonneuse sur mon jardin. Je ne peux pas m’empêcher d’enfiler mes bottes et mon manteau pour aller y marcher. Tant pis si mon pantalon de pyjama ressort trempé de cette aventure. Une fois dehors, je plonge ma main dans la masse qui semble si douce. Les aiguilles me transpercent la peau, mes doigts s’engourdissent. Je m’empresse de remettre mon gant, de glisser la main dans ma poche pour la réchauffer. La neige crisse sous mes bottes lorsque je traverse mon jardin. Je me laisse tomber en arrière. Elle amortit ma chute et je me relève, les cheveux dégoulinants. Je laisse ma trace d’ange pour aller boire un thé, bien au chaud près du fourneau.

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Défi de l’Avent, jour 13

Le soleil s’est couché depuis quelques heures déjà. Au loin, j’entends les bruits de la fête. La cérémonie de Yule, censée célébrer la lumière qui prend sa revanche sur l’obscurité, bat son plein. Pourtant mon cœur reste sombre. Je me suis enfuie, lasse de la musique, des chants et des danses sacrés. J’ai couru droit devant moi, sans savoir exactement ce que je cherchais. Je savais juste que je serai bien, au milieu des arbres, proche de la chouette. Je l’envie. La nuit, la forêt est à elle. Elle la parcourt en silence, ses ailes effleurant les branches des chênes et des hêtres. Elle plane, portée par le vent. Soudain, mue par l’instinct, elle plonge sur la souris ou le mulot qui a le malheur de se trouver là.

Je suis chez moi, dans cette forêt. Les flocons commencent à virevolter autour de moi. L’hiver sera encore long, mais le roi Houx perd sa bataille contre son rival le Chêne : la lumière reviendra. Là-bas, au village, les femmes invoquent Frigg. Elles demandent à la déesse de protéger leurs sœurs enceintes. Personne ne priera pour moi. On sait à présent que je ne garde pas les enfants. Pourtant, j’aimerais que cette fois ce soit différent. Alors je suis venue jusqu’au cœur de la forêt. Depuis des jours, je prépare mon autel, comme me l’a expliqué la völva. J’ai accumulé des offrandes, purifié la clairière. Je suis prête. J’allume un bâton de sauge, je trace un cercle. Je médite et je prie. J’espère que mes cris seront entendus.

Le lendemain, je me réveille emmitouflée dans mes fourrures, au centre du cercle. La neige à recouvert l’autel. Au fond de mon cœur, je sais. Je sais que la forêt près de mon village est habitée de créatures magiques. Je sais aussi que cet enfant vivra, qu’il sera exceptionnel. Il naîtra un jour de pleine Lune, les cheveux noirs corbeaux.

Kamiro

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Défi de l’Avent, jour 11

Dans mon jardin, les plantes sont des compagnes. Amies de longue date, elle s’entraident les unes les autres, sans jamais rien attendre en retour. Les capucines attirent les pucerons que les coccinelles se feront un plaisir de manger. La courge protège le sol, au pied des plants de maïs. Ceux-ci soutiennent les tomates qui s’allient au basilic. Dans le coin des carottes, un peu d’ail éloigne les parasites. La journée, mes plantes se prélassent. Mais la nuit…

La nuit tous les chats sont gris et une drôle de danse anime mon jardin. Les gnomes, toujours farceurs, déplacent mes écriteaux. Ils s’imaginent que je vais confondre la mâche et les épinards. Ils n’ont pas vraiment tort. Les fées virevoltent. Elle se posent sur les fleurs, s’admirent dans les gouttes de l’arrosage automatique, se peignent les ongles au millepertuis. De temps en temps, une elfe ou une sorcière vient se servir : verveine, thym, sauge. Toute une pharmacie à la portée de qui veut bien s’y intéresser. L’autre soir, j’y ai même vu une licorne. Elle mangeait délicatement une fleur de capucine au goût poivré. Quand la lune est pleine, mes plantes se parent d’argent. L’astre leur offre ce qui leur faut d’énergie.

Mon jardin ne dort jamais. Même en hiver, il abrite des insectes endormis, et le petit peuple s’abrite sous les feuilles tombées du cerisier. Et au printemps, j’ai souvent la surprise d’une plante ou l’autre qui décide de s’installer là où elle était si bien l’année passée.

Kamiro

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Défis de l’Avent, jour 10

Que le ciel est léger aujourd’hui,

Mon esprit s’envole

Et rejoint une pie,

Comme elle, il caracole

Après l’objet convoité.

Que la terre est douce en ce jour,

Mère de tous, aimante et bienveillante,

Elle me console, me rassure

Et m’accompagne, patiente,

Dans les rêves qui me hantent.

Est-ce la pluie vivifiante de ce matin,

Ou est-ce la tempête sur l’océan,

Qui semble me prendre par la main,

Pour accompagner mes élans

De colère et de chagrin ?

Le feu m’embrase ce soir

Et je m’y jette à corps perdu

Ce n’est pas de désespoir,

Pas de tristesse non plus.

J’ai retrouvé mon pouvoir infini : femme créant la Vie !

Kamiro

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Défis de l’Avent, jour 9

… mes pieds se mettent à danser. Ils sautent, virevoltent, je ne peux plus les arrêter. Un bond par-ci, une pirouette par là, je danse sur de la musique imaginaire. Suis-je prise dans un cercle de fées ? Je ne vois pas ces petits êtres ailés… Ou alors c’est un signe, un signe qui me dit : « Danse ta vie, ne te contente pas de la traverser sur la pointe des pieds !  »

Petites pantoufles, lâchez-moi s’il vous plaît ! Danser la vie, oui, mais de temps en temps j’aimerais aussi me reposer. Laisser mes pieds au calme, les tremper dans une rivière. Sentir le froid m’engourdir les orteils puis la chaleur de la Terre les réveiller.

Petites pantoufles, merci de m’avoir offert votre énergie. Merci aussi de me permettre parfois de rester dans ma grotte, là où je me ressource et je me prépare à ma prochaine danse. Je serai heureuse de vous retrouver dans quelques jours, prête à virevolter à nouveau !

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Défis de l’Avent, jour 6

J’aimerais rencontrer une licorne. Elle m’offrirait sa protection et sa magie. On a tous besoin de magie à un moment ou un autre. On dit que sa corne purifie n’importe quelle eau, qu’elle peut guérir tous les maux. Je lui demanderais de guérir les maux de la Terre, de purifier nos océans mais aussi nos cœurs. Puis nous nous en irions pour un voyage le long d’un arc-en-ciel, jusqu’au trésor des lutins, un coffre plein d’amour et de paix. J’espère qu’il pourra un jour se répandre sur ce monde qui paraît tellement fou aujourd’hui…

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Uchronie…

Et si les Jacobites avaient gagné la bataille de Culloden ?

Nous y étions. Enfin. Après près de cinquante ans de lutte acharnée, les Stuarts avaient repris leur place sur le trône d’Écosse et d’Angleterre. La capitale du pays avait été replacée à Édimbourg quelques jours après le couronnement de Bonnie Charles Stuart. Debout au fond de la grande salle, j’écoutais mon père raconter la bataille :

— Nous étions tous prêts à mourir pour notre patrie ! Nous savions que le Seigneur était avec nous !

— Même si l’état des troupes laissait sérieusement à désirer ! l’interrompit mon oncle.

Tous deux portaient fièrement le tartan des McKenzie. Ils se tenaient droits, derrière la grande table. Même si j’étais fière d’eux et de nos hommes, je me sentais peu concernée par ce discours. Pourtant Dieu sait si j’avais attendu cette victoire. Depuis ma plus tendre enfance, mon père me parlait de la mainmise du roi d’Angleterre sur l’Écosse, de la guerre imminente et des inégalités que nous subissions. Les tuniques rouges arpentaient les Highlands, rossant les jeunes sans aucune raison, violant les femmes et volant les récoltes. Les clans étaient à bout : leurs vivres partaient pour la couronne ou dans la poche des soldats anglais, les jeunes hommes étaient réquisitionnés pour l’armée et des bras manquaient à l’appel au moment des travaux de ferme. Cela devait changer. Avec l’aide de la France, nous avions monté une véritable armée et gagné la bataille décisive.

Mon père continuait son récit :

— Nous étions cinq mille hommes, ils étaient sept mille. Notre courage nous avait quitté la veille, mais Bonnie Stuart a su nous le redonner au matin de la bataille. Nous savions que nous devions vaincre pour nos femmes, nos terres et nos enfants. En face, les soldats du duc étaient armés de canons. Ils ont commencé à tirer. Les boulets touchaient les hommes au hasard, et leur arrachaient les membres. Nos lignes tombaient les unes après les autres, dans des geysers de sang. L’air puait la mort, la merde et la peur. Cameron a décidé soudain de charger. Ses guerriers couraient en hurlant, leurs sabres dégainés. Nous les avons suivis, puis tous les autres clans chargèrent. L’artillerie anglaise s’est mise à tirer. De braves Écossais tombaient dans leur course, touchés au ventre ou à la poitrine. Je me suis arrêté plusieurs fois pour achever des compatriotes : il valait mieux ça que se vider lentement de son sang, l’artère crevée pas les balles. Lorsque nous avons atteint les lignes du duc, nous avons été surpris par leur fusils. Nous ne connaissions pas ces armes, un mélange entre des armes à feu et des lames. Ils tiraient à distance et utilisaient leur lame lorsque nous nous approchions. Mes camarades et moi avons marqué une pause. Cela a permis aux troupes du Duc de s’approcher. L’un d’entre eux m’a menacé de son arme. J’ai bondi sur lui, parant son coup. Il m’a repoussé et j’ai trébuché sur une pierre. Sans mon frère ici présent, je serais mort ou bien amoché aujourd’hui ! Il était derrière moi et a décapité la tunique rouge sans autre forme de procès. La tête a volé aux pieds d’un jeune soldat, qui est devenu aussi blanc que le lait de chèvre ! Il s’est évanouit aussi sec ! Nous l’avons laissé sur le champ de bataille, peut-être qu’il y dort toujours !

Les rires interrompirent le récit. Je me détournais. Je connaissais la suite : mon père allait continuer de décrire sa bataille, avec force de détails sordides. J’avais entendu l’information qui m’intéressait : John était peut-être vivant. Je n’avais plus qu’à mettre mon plan à exécution. Je sortis du château et me rendis aux écuries. Ma sacoche était prête depuis le début de l’après-midi. Je la fixais sur la selle de ma jument grise, Azelia, et enveloppait ses sabots dans des chiffons. Une fois dehors de l’enceinte du château, je montais et lançait le cheval au galop. Je devais rejoindre Culloden au plus vite, plus pour retrouver John que pour ma sécurité. Qui se préoccuperait de la disparition de la bâtarde du laird et d’une Sassenach ?

Je chevauchais durant toute une journée. De l’écume apparaissait aux commissures des lèvres d’Azelia et sa robe était humide de transpiration. Nous nous arrêtâmes près d’un bosquet. Culloden se trouvait à quelques mètres seulement derrière les arbres. Je montais un bivouac, délimitais un foyer et récupérais quelques branches mortes, après avoir attaché ma jument. Avant de faire un feu, je devais m’assurer d’être seule. Mes pas m’emmenèrent à travers le bosquet jusqu’au lieu de la bataille. Le sol était rouge. Rouge des tuniques et du sang de ceux qui les portaient. Quelques corps, recouverts de tartans appartenaient à des Ecossais, mais les plus grandes pertes avaient été essuyées par l’armée anglaise. Les larmes me montèrent aux yeux : comment un jeune soldat aurait pu survivre à un tel carnage ? Même s’il s’était évanoui, qu’il donnait l’impression d’être mort, mes pairs avaient pour habitude d’achever tous les blessés. Je devais à tout prix lutter contre le désespoir : que penserait-il de moi s’il était vivant et que je le laissais agoniser ici ? Loin de sa patrie ? La lune brillait à présent, il faisait trop sombre pour entamer les recherches. Je rejoignis mon campement et fis un petit feu. Les yeux perdus dans les flammes, je me souvenais de ma rencontre avec John.

Il escortait un messager du duc de Cumberland. Ils venaient au château s’assurer que les McKenzie ne prendraient pas les armes contre le roi. Bien entendu, mon père les reçut avec les honneurs de leur rang : un homme représentant le duc avait droit à un repas chaud et une chambre. Ses compagnons couchaient à l’écurie. Alors que les nobles se restauraient à l’intérieur, arrosant leur nourriture de grandes lampées de bières et du meilleur whisky de mon père, les soldats se contentaient de soupe auprès des chevaux. Personne n’avait voulu les servir, la cuisinière s’était contentée de leur poser un chaudron et un tonneau de bière près de leur bivouac. Le tonneau était vide, le chaudron un peu moins. J’avais comme tâche de vérifier que l’écurie soit fermée et les chevaux nourris avant de rentrer. Je passais donc devant les soldats, la tête baissée et le pas rapide. Je ne compris pas tout ce qu’ils se dirent, mais je sentais leurs regards dans mon dos. Une voix grave et chaleureuse s’éleva au-dessus des autres :

— Vous devriez avoir honte ! Parler ainsi en présence d’une jeune femme !

Je souris. Si j’avais l’habitude des quolibets – personne n’était dupe de mes origines – je ne m’étais jamais trouvée en présence d’un groupe d’hommes ivres. Ils voulaient manifestement autre chose que se moquer et je n’étais pas malheureuse de savoir que l’un d’entre eux me défendrait au besoin. Le plus vieux des soldats se leva et s’approcha de moi. Je me concentrais sur le loquet de la porte. Surtout, ne pas se retourner. Faire comme si de rien n’était, pensais-je en espérant avoir assez de force pour rester stoïque.

— Après tous ces jours dans cette contrée de sauvages, je voudrais bien d’une jolie servante pour me réchauffer, moi, dégoisa-t-il. T’inquiète pas John, elles ont l’habitude ici, ils vivent comme des animaux.

Je sentais la panique monter en moi. L’homme posa la main sur mes fesses. Je me raidis.

— Allons la belle, dis-moi pas que t’en as pas envie. Un homme un vrai ! Tu vas voir ce que…

Il ne finit pas sa phrase. John l’envoya rouler au sol et le menaça de son arme. Je me recroquevillais contre la porte.

— Plus un mot, Jack ! Je ferais mon rapport !

— Grand bien t’en fasse, lèche-bottes ! Il fut un temps où les soldats étaient des hommes !

Leurs compagnons relevèrent mon assaillant. John se tourna vers eux :

— Les consignes sont claires : personne ne s’en prend aux femmes, quelle que soit la raison !

Il se tourna vers moi, laissant les autres retourner à leur tonneau.

— Faites votre travail, mademoiselle, je garderai cette porte le temps qu’il faut.

John resta quelques semaines dans la région. Il venait me voir dès qu’il le pouvait.

Le sifflement du vent dans les branches me sortit de ma torpeur. J’essuyais mes larmes et j’essayais de dormir. A chaque fois que mes yeux se fermaient, je revoyais ses cheveux noirs, retenus par un lacet de cuir. Ses yeux doux et rieurs, sombres quand il parlait de sa famille exécutée par des bandits dans les Highlands. L’armée était tout ce qui lui restait, disait-il. L’armée et moi. Le duc l’avait laissé tomber à présent : les troupes anglaises s’étaient retirées, laissant derrière eux les cadavres et les blessés graves. Je passais un semblant de nuit agitée et, au lever du soleil, je retraversais le bosquet.

Une fois sur le champ de bataille, je m’arrêtais auprès de chaque corps. Je le retournais et cherchais des indices. Parfois le visage était intact, parfois je devais enquêter : avait-il les doigts longs et fins ? Les mains douces ? La musculature déliée ? Dans ses poches se trouvait-il le ruban que je lui avais offert pour lui porter chance ? Je ne sais pas combien de temps j’errais ainsi dans la prairie. Le soleil était au zénith quand je vis une mèche de cheveux, retenue par un ruban rose pâle. Je reconnus mon cadeau et je courus dans la direction de son propriétaire. Je me jetais à genoux :

— John ! hurlais-je, dans l’espoir de le réveiller.

Je secouais le corps, le retournais. C’était bien lui. Les joues pâles, les lèvres presque blanches. Son nez droit et fin, qu’il frottait contre le mien pour le réchauffer. Ses mèches folles échappées de son catogan, comme lorsque nous venions de faire l’amour. Je pris son corps froid dans mes bras. J’embrassais ses lèvres exsangues. Mes larmes coulaient sur ses paupières à jamais closes. Je renversais la tête en arrière et lâchais un hurlement de rage et de douleur. Ma main arracha l’épée plantée dans son cœur. La garde portait le blason des McKenzie.

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Défis de l’Avent, jour 3

Bonjour, monsieur le dragon… Êtes-vous plutôt un gentil dragon, comme Eliott ou alors dois-je vous craindre, comme Smaug ? J’avoue que je ne sais pas sur quel pied danser… Si je réponds à votre énigme, m’emmènerez-vous pour un voyage à travers les cieux, m’offrirez-vous votre trésor ou vos connaissances ?
Je voudrais bien savoir si votre sang a vraiment d’étranges propriétés. Et pouvez-vous éventuellement me lire l’avenir ? Les chiffres du loto par exemple ? Non ? Bon. J’irai voir madame Irma.

Que pouvez-vous me transmettre, vous qui vivez ici depuis si longtemps, vous dont la connaissance paraît infinie ? Je vois. Vous ne discutez plus tellement avec les Humains… Ils ont perdu leur sagesse. C’est ce que vous pensez, monsieur le dragon, mais je ne le crois pas. Il suffit de regarder dans les yeux d’un enfant. Et oui, aussi, voir un peu la vie comme un enfant. Pas toujours facile, je vous l’accorde. Surtout pour quelqu’un qui est âgé de milliers d’années. Mais essayez de vous rappeler, quand vous n’étiez qu’un dragonnet, qu’est-ce que vous aimiez faire ? Voilà. Maintenant que vous avez retrouvé votre jeunesse, avez-vous aussi retrouvé la sagesse ?

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Défis de l’Avent, jour 2

Si j’avais un tapis volant, je volerais jusqu’aux étoiles pour leur demander de ne jamais s’arrêter de briller.

Je voyagerais autour de la Terre pour chercher là où l’herbe est la plus verte.

Puis je rentrerais chez moi : l’herbe est verte là où l’on s’occupe d’elle.

Si j’avais un tapis volant, je ferais la course avec les nuages et je croasserais avec les corbeaux.

Je suivrais le geai, visitant tous les cerisiers et je planerais avec les rapaces.

Si j’avais un tapis volant, j’irais croquer un morceau de lune, pour voir si elle a le goût du croissant.

Enfin, je m’endormirais sur mon tapis, et il m’emmènerait au pays des rêves….